mardi 30 juillet 2013

J12

j'ai croisé Christophe dans le village aujourd'hui.
Christophe est le compagnon de Marie.
j'aime bien Marie, on sent en elle un reste de ruralité mais elle est intelligente et sensible. avant, on allait à la piscine ensemble parfois entre midi et deux, et on se racontait nos histoires. à cette époque je n'allais pas bien et elle était adorable, toujours à l'écoute de mes confidences éplorées.
et puis Christophe et Marie sont partis au Cap vert avec leurs trois enfants dont un bébé nouvellement né. une petite fille. Lou.
pour Marie, le départ fût dur, Christophe est ethnologue, il y allait pour le boulot, mais Marie laissait en plan une structure éditoriale associative, des ami(e)s, une vie accomplie.
ce fût pourtant pour Marie que le retour fût dur aussi.
elle nous écrivait de longs messages plaintifs à leur arrivée au Cap vert, rien n'allait et elle galérait seule avec les trois enfants pendant que Christophe bossait.
et puis... faut croire qu'elle s'est adaptée, mais elle ne voulait plus revenir.
elle avait rencontré des gens fabuleux là-bas, noué de belles amitiés.
un an, c'était trop court.

la dernière fois que j'ai vu Marie c'était à une soirée "tzigane" il y a un mois. quand je lui ai demandé comment elle allait, elle s'est mise à pleurer en me disant qu'elle venait de passer une année difficile. mais qu'elle n'avait pas envie d'en parler. don't act.
évidemment, je lui avais raconté juste avant mon bien-être actuel, les projets qu'on me proposait, le sport, la confiance revenue.
et je crois que je l'ai éloignée avec mes belles nouvelles.

j'ai croisé Christophe dans le village aujourd'hui et je lui ai parlé de la réussite de mon aînée, son bac avec mention, son acceptation dans une école sélective, son départ pour Strasbourg avec bourse et félicitations. je riais et je sentais que quelque chose coinçait quelque part.
il félicitait ma fille mais je sentais cette amertume de ceux qui n'y arriveront pas aussi bien et qui le déplorent. leur aîné s'intègre mal au collège, surtout après cette année loin de ses copains.
et je crois que Marie panique pour cela aussi.
donc, même si Christophe était content pour ma fille, il aurait préféré ne pas entendre ça. je le sentais.

tout comme mon copain Christian qui ne m'invite plus parce que son fils a du passer les épreuves de rattrapage du bac (je n'ai même pas osé téléphoner pour savoir s'il avait réussi finalement...) et qu'il en a été profondément affecté, comme si son honneur tout entier avait été là bafoué.

du coup, je m'interroge. est-ce que je n'étais intéressante que lorsque j'allais mal ?
est-ce que ça rassure les gens de voir la peine d'autrui, ils se disent qu'ils ne sont pas les seuls à galérer, ou, au contraire, que eux, au moins, ils ne galèrent pas alors que d'autres, les pauvres ?
je me sens légèrement mise à l'écart depuis que tout va bien dans ma vie.
mais ce n'est pas un don du ciel, j'ai choisi d'aller bien, j'ai lutté pour cela, j'ai tout mis en oeuvre pour cela. et je n'ai pas envie de me sentir coupable de n'avoir que de bonnes nouvelles à confier.
si ?


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